Ateliers de philosophie de l'action & neurosciences à Strasbourg 1996-1997

Publié le

CENTRE D'ANALYSE DES SAVOIRS CONTEMPORAINS

Atelier du 5 décembre 1996

Strasbourg, Palais Universitaire, salle Fustel de Coulanges, 8h-20h

"philosophie de l'action et neurosciences"

 

Vittorio Gallese, Dr en médecine, chercheur à l'Istituto di Fisiologia Umana, Facoltà di Medicina e Chirurgia, Université de Parme.

De l'action à la signification : une perspective neurophysiologique

La métaphore de "l'esprit - ordinateur" domine encore, implicitement au moins, la conception que les neuroscientifiques se font du cerveau. Cette métaphore a été employée dans un ensemble de théories qu'on désigne souvent du terme collectif de "fonctionnalisme". Pour ce fonctionnalisme le cerveau ne fait que manipuler des symboles au moyen d'algorithmes, de sorte que la connaissance est représentée sous forme symbolique et la signification est censée être référentielle, car procédant de la correspondance entre ces symboles et des objets dans le monde. A cette perspective on en peut opposer une autre, selon laquelle les fonctions cognitives, telles que la catégorisation perceptive des objets et l'intersubjectivité, sont "incorporées" dans des fonctions cérébrales, dont on ne peut rendre compte qu'en prenant en considération l'interaction active entre l'agent biologique et son environnement.

Nous présenterons des données neurophysiologiques concernant deux classes de neurones du cortex prémoteur du singe récemment étudiées par notre équipe. La première classe contient des neurones qui effectuent la transformation des propriétés tridimensionnelles des objets en le type d'acte approprié de préhension manuelle correspondant. Les neurones de la deuxième classe associent l'observation d'actions faites par d'autres individus avec celles que fait celui qui les observe. La dicussion des propriétés de ces deux classes de neurones sera conduite dans le cadre d'une conception neurophysiologique de la signification et de l'intersubjectivité.

Pierre Livet, Pr de Philosophie à l'Université de Provence, Aix-Marseille I, chercheur au CREA.

Sémantique de l'action, modeles moteurs, et révision des plans

La cause de l'action intentionnelle n'est pas la représentation de l'intention, mais la mise en correspondance entre une séquence de modèles moteurs (M) et cette représentation (R), qui se fait selon une loi de dualité croisée entre données et processus : ce qui est données pour l'un vaut comme processus pour l'autre, et inversement. Les paramètres du mouvement sont les données de M. Leur introduction vaut activation du processus supposé par R. Les conditions de satisfaction des étapes d'un plan sont les données introduites comme contraintes dans R. Elles valent sémantique du processus réalisé par M (nommé par nos verbes d'action). Cette dualité exige que le mode de détermination du contenu des M soit différent du mode de détermination du contenu des R, et on analysera cette différence. Il y a là d'ailleurs un moyen d'échapper aux impasses du problème de la "chambre chinoise" de Searle. De plus, on peut réviser en cours de route les conditions intermédiaires d'une action sans la changer de type, à condition que les révisions des modèles moteurs soient toujours liées par cette dualité aux conditions révisées. On peut étendre cette mise en correspondance duale aux conditions externes, voire aux actions des autres, si bien que l'action, individuelle ou collective, apparaît comme une révision qui maintient des conditions finales constantes au travers de révisions que déclenchent nos mouvements et les changements du monde (ex. avaler un liquide en apesanteur), quand ces révisions sont soumises à ces dualités.

Christopher Macann, Dr en philosophie, chercheur associé à l'Université de Londres, chargé de cours à l'Université de Bordeaux III.

Une théorie génétique de l'action et ses implications

pour la phénoménologie et les neurosciences

La théorie génétique de l'action abordée ici présente le développement humain en quatre étapes, dont la dernière effectue un retour (réfléchi) à la première. Philosophiquement parlant, la première (et donc aussi la dernière) étape représente le projet poursuivi par la phénoménologie ontologique, la troisième, le projet poursuivi par la phénoménologie transcendantale, tandis que la philosophie analytique se situe sur la deuxième étape. Mais, puisque la philosophie analytique est envisagée comme la philosophie qui va de pair avec l'esprit scientifique, la recherche scientifique est aussi située à la deuxième étape. D'où une double mise en question, et de la phénoménologie transcendantale, et de toute tentative pour déterminer objectivement le sens d'être de l'homme. Est-ce que la phénoménologie transcendantale est vraiment capable d'éclaircir les structures ontologiques d'une action originaire sans trahir sa mission primaire de réflexion ? Est-ce que les neurosciences peuvent analyser les facteurs déterminants du mécanisme cérébral (et par ce moyen fournir à l'intelligence un fondement ontologique) sans retomber dans un dualisme, qui n'est pas simplement contraire au projet philosophique de compréhension ontologique, mais explicitement rejeté par l'ambition réductionniste de la neurophysiologie ?

Wioletta Miskiewicz, Dr en philosophie, chercheur au CNRS, Archives Husserl de Paris.

Les référentiels ultimes

La métaphore de la "révolution copernicienne" désigne le décentrement gnoséologique de l'homme moderne. Utilisée déja par Kant à l'égard de sa propre métaphysique, cette métaphore revient au XXème siècle avec la phénoménologie de Husserl qui critique le manque de radicalité kantien. Paradoxalement, la démarche husserlienne semble contre-révolutionnaire dès lors qu'elle réhabilite apparemment Ptolémée en affirmant que la Terre ne se meut pas.

Jean-Luc Petit, Pr de Philosophie, Resp. du CASC, CR dépdt de l'Ecole Doctorale de l'Université des Sciences Humaines de Strasbourg.

Mon corps n'est pas "dans" l'espace, - le pouvoir de m'y orienter constitue cet espace : pertinence neurophysiologique d'une phénoménologie de l'orientation

La conception du sens comme intentionnalité accorde une primauté épistémologique à la conduite visant un but, orientée dans une direction déterminée, par rapport à ces états de perplexité, désorientation ou vertige, qui procurent à quelques-uns l'illusion de surplomber des abîmes. Comme je m'oriente dans l'espace, ainsi je m'oriente dans la pensée et la vie (Descartes, Kant, Husserl). Cela étant, que pouvons-nous dire, avant toute action "physique" ou "intellectuelle", du cadre, de l'origine de leur possible déploiement futur ? Elles procèdent, certes, de notre corps, qui est autre chose que l'objet dans l'espace physique avec lequel l'objectivisme dominant le confond. Mais, ce corps "où je ne suis pas seulement logé ainsi qu'un pilote en son navire", mais que "par un certain droit particulier j'appelle mien", vient-il au monde avec son propre système de coordonnées, l'emprunte- t-il au monde déja là, ou doit-il activement transformer ses coordonnées propres (centrées, ou non, sur l'ego) en coordonnées "objectives" centrées sur un environnement intersubjectif peuplé d'objets de perception et d'actions ? Les analyses du dernier Husserl nous gardent de la tentation de ramener l'orientation à tel ou tel principe unilatéral : a priori formel de la connaissance, catégorie pragmatique du langage, sensation élémentaire d'équilibre, représentation mentale, ou carte neuronale. Primordialement, pour l'agent humain, le pouvoir de s'orienter dans et par ses actes constitue l'espace comme champ pratique des actions, en vertu d'un double mouvement : un mouvement d'intégration sensori-motrice (kinesthésique) de son organisme, dont aucun niveau d'organisation n'est sans quelque directionnalité; et un mouvement de marche vers l'horizon d'un monde commun à tous à partir de la terre natale d'une communauté avec sa culture particulière (où d'autres ont préféré l'enracinement).

André Pichot, Chercheur au CNRS, Fondements  des Sciences, Strasbourg.

Biologie et connaissance, exposé synthétique

Dans la nature, seuls les êtres vivants sont susceptibles de connaître. Dans une acception étroite, la connaissance n'appartiendrait qu'aux êtres pensants, mais ceux-ci sont toujours vivants, et c'est d'abord en tant que tels qu'ils sont "connaissants". Ainsi, les êtres vivants les plus élémentaires et les plus dépourvus de psychisme reconnaissent dans leur milieu les molécules dont ils ont besoin, et certains d'entre eux manifestent quelques tropismes. C'est certes là une connaissance très sommaire, tant pour ce qui concerne la dimension sensorielle que pour la dimension motrice, mais c'est déja une connaissance et, si l'on admet la validité des théories évolutionnistes, on peut supposer que les processus cognitifs plus élaborés en sont le prolongement, soit au même niveau purement biologique, soit à un niveau psychologique.

Une fois les fondements biologiques établis, reste à aborder ce changement de niveau entre une "proto-connaissance" purement biologique telle que nous venons de l'évoquer, et une connaissance qui ressortirait plutôt au domaine psychologique. Si l'une prolonge l'autre, comment s'articulent-elles, avec quel degré de dépendance et quel degré d'autonomie ?

Ce sont là les thèmes que nous souhaitons aborder. Nous chercherons surtout à structurer les questions, à en définir les grandes lignes. Pour cela, nous distinguerons trois niveaux : biologique, psychologique et linguistique, que nous définirons successivement et dont nous préciserons les relations. La connaissance apparaîtra alors comme un processus qui traverse ces trois niveaux successifs, et qui les unifie. A chacun d'eux elle a une forme particulière, à chacun d'eux elle a une certaine autonomie, mais elle conserve une unité et chacune de ses formes s'enracine dans la précédente, de sorte qu'il s'agit bien toujours d'un seul et même processus.

Thierry Pozzo, Pr à l'UFR STAPS, chercheur du Groupe Analyse du Mouvement, Université de Bourgogne, Dijon.

Prise en compte du champ gravitaire dans l'élaboration de la commande motrice : représentation centrale ou régulation périphérique ?

La gravité est classiquement considérée comme a) un référentiel d'orientation spatial géocentré construit à partir des signaux en provenance de l'organe vestibulaire, et b) comme une force agissant sur les segments corporels. Dans ce dernier cas, la question du contenu de la représentation centrale de la commande motrice d'un mouvement effectué avec ou contre la gravité reste posée. Ainsi, la littérature accepte l'idée selon laquelle un simple réglage de la commande en termes de modification de charge s'exerçant sur le segment mobilisé est suffisant pour produire un mouvement vertical, et que mouvement vertical et horizontal s'appuient sur les mêmes processus de planification du geste. En effet, on réduit classiquement les mécanismes d'élaboration de la commande motrice aux étapes hiérarchisées de planification, de programmation et d'exécution. Le but de notre étude consiste à déterminer le niveau de traitement de la force gravitaire au cours de mouvements corporels. Notre hypothèse est que la gravité n'est pas seulement une contrainte qui s'exerce localement sur les segments, mais plutôt une force qui peut être utilisée par le système nerveux central (SNC) lors de la planification du geste.

On a fait exécuter des mouvements dans deux directions différentes (dans le sens et contre le sens de la gravité), à deux vitesses différentes (normale et rapide), avec trois charges différentes (sans charge, 500 grs et 1000 grs), et en gravité terrestre et en microgravité. Les déplacements et l'activité musculaire de l'épaule, du bras, et de l'avant-bras ont été enregistrés.

Nos résultats montrent des trajectoires courbes du doigt pour les deux directions et toutes les conditions testées. La courbure change significativement en fonction de la charge, une plus grande masse produisant une courbure moins importante, uniquement pour les mouvements exécutés dans le sens de la gravité. Les profils des vitesses sont unimodaux (une phase d'accélération suivie par une phase de décélération) mais asymétriques (le temps d'accélération pour les deux mouvements est plus court que le temps de décélération). La forme des profils de vitesse (temps d'accélération / temps total) est significativement différente pour les deux directions du mouvement testées. Les trajectoires et profils de vitesse, ainsi que les durées importantes des mécanismes d'adaptation en 0g suggèrent fortement que la gravité est prise en compte au niveau de la planification du mouvement. Ces résultats confirment notre hypothèse et montrent que même si certaines contraintes mécaniques s'exercent à la périphérie du SNC, il est nécessaire d'en tenir compte dans la compréhension du contenu de la programmation centrale du geste.

 


Atelier:                                    "La notion même de représentation mentale"

(« Pour voir si l'on parviendra a me débarrasser de mon préjugé philosophique

contre cette notion-fétiche de la psychologie et des neurosciences cognitives! »)

          Strasbourg, Palais Universitaire,

s. Fustel de Coulanges, 7 nov. 1997, 8h-20h.

Université Louis Pasteur et Université des Sciences Humaines de Strasbourg

Participants: D. Andler, J. Droulez, J. Dubucs, M. Eytan, F. Lestienne, P. Jacob, R. Misslin,
J.-L. Petit, M. Siksou, P.-P. Vidal.

Argument:

               Une idée récurrente à travers toute l'histoire de la philosophie moderne, depuis Descartes et Locke, est qu'il y a un monde extérieur et un monde intérieur et que dans ce monde intérieur nous nous faisons des représentations des objets du monde extérieur. Alternativement acclamée comme une des découvertes libératrices de la Science, et dénoncée comme un préjugé opiniâtre du sens commun — pour lequel elle paraît presque aller de soi —, cette idée a dernièrement été remise à l'honneur dans les sciences cognitives et les neurosciences. Aussitôt émancipées de la domination de l'ancienne réflexologie béhaviouriste, en effet, ces disciplines se sont exprimées spontanément et sans le moindre complexe, en termes de représentation mentale, comme si jamais, nulle part, aucun philosophe n'avait discuté, contesté, sinon ruiné le fondement de son usage. De sorte que la notion de représentation mentale en est venue à jouer un rôle tellement central dans ces sciences cognitives qu'il peut sembler difficile de mettre en doute sa cohérence interne sans suspendre au-dessus de ces sciences une épée de Damoclès.

               Toutefois, chacun sait que Bergson, Husserl, Heidegger et Merleau-Ponty, mais déja auparavant Maine de Biran, et Schopenhauer, c'est-à-dire les principaux philosophes des écoles française et allemande des XIXe-XXe s. avaient critiqué jusqu'en son principe même l'emploi d'une telle notion, tant en psychologie philosophique qu'en psychologie empirique. Sans doute, il est peu plausible qu'un argument philosophique, quel qu'il soit, soit de nature a discréditer en bloc tout un ensemble de programmes scientifiques de recherche, particulièrement lorsqu'ils sont à la fois divers et que certains manifestent tous les jours leur fécondité. Mais aujourd'hui, la tentation n'en reste pas moins forte, sauf peut-être dans les milieux philosophiques naturalistes qui pensent apporter une contribution directe aux recherches empiriques, de tenir pour évidemment incohérente (ou au mieux circulaire) l'idée même de représentation mentale. D'autant qu'en dehors de ces milieux philosophiques certains chercheurs n'hésitent pas à relayer ces doutes au sein même des sciences cognitives : l'anti-représentationnalisme y est une position minoritaire, mais durablement prospère.

               Dans une autre tradition (anglo-saxonne), des philosophes qui pratiquent une discipline nommée "philosophie de l'esprit" (philosophy of mind), se sont donnés pour tâche d'éclairer cette notion en la ramenant aux termes fonctionnalistes, qu'ils présument être plus appropriés à une science. Dernièrement, ils ont avancé une conception de la représentation appuyée sur la notion d'information. On peut admettre qu'un thermomètre "représente" la température dans la mesure où il peut mentir en la déformant; ce qu'il ne peut faire que parce qu'il a pour fonction de l'indiquer; et qu'il peut donc aussi ne pas indiquer ce qu'il a pour fonction d'indiquer. Par analogie, les représentations mentales d'un animal (sensations ou concepts) pourront être conçues comme des états informationnels dotés d'une fonction, que ce soit par l'apprentissage ou par l'évolution. Comment une même notion peut-elle être à la fois l'objet de critiques aussi dévastatrices, d'aussi délicates manoeuvres de réinterprétation, et jouer un rôle quasi définitoire dans une branche du savoir où elle paraît frappée du sceau de l'évidence? Les philosophes de notre propre tradition ont-ils donc parlé pour ne rien dire, ou, sinon, les sciences cognitives et les neurosciences ont-elles fait fausse route? En préalable a toute réponse, on tentera de ressaisir l'essentiel de cet argument anti-représentationnaliste des philosophes et on s'efforcera de le reformuler en des termes intelligibles pour psychologues et neurophysiologistes.

Daniel Andler

               La notion de représentation mentale joue un rôle si central dans les sciences cognitives qu'il peut sembler difficile de mettre en doute sa cohérence interne sans suspendre au-dessus de ces sciences une épée de Damocles. Or il est peu plausible qu'un argument philosophique soit de nature a discréditer en bloc tout un ensemble de programmes scientifiques de recherche, particulièrement lorsqu'ils sont à la fois divers et que certains manifestent tous les jours leur fécondité. Pourtant, la tentation est forte, notamment dans les milieux philosophiques extérieurs a ces recherches, de tenir pour évidemment incohérente (ou au mieux circulaire) l'idée même de représentation mentale. Certains se plaisent a relayer ces doutes au sein meme des sciences cognitives : l'antireprésentationnisme y est une position minoritaire mais durablement prospère. Comment une même notion peut-elle en même temps faire l'objet d'aussi profondes divergences et jouer un rôle quasi définitoire dans une branche du savoir? Les philosophes qui se sont donné pour tâche d'éclairer cette notion pratiquent une discipline nommée philosophie de l'esprit (philosophy of mind). Leurs travaux sont d'un abord difficile, ils reconnaissent ne pas détenir une solution complète, et leurs propositions sont loin d'emporter une adhésion immediate. Comment une même notion peut-elle être a la fois l'objet d'aussi délicates manoeuvres conceptuelles, et paraître dans un certain contexte scientifique frappée du sceau de l'évidence? Nous tâcherons d'éclairer ces énigmes en distinguant deux versions de la notion. Nous montrerons ensuite que le véritable problème réside dans la nature du lien qui doit exister entre les deux versions, si l'espoir de créer un cadre explicatif embrassant à la fois l'oeil du crapaud et l'oeil de l'esprit humain doit se réaliser un jour sous l'égide des sciences cognitives.

Jacques Droulez et Pierre-Paul Vidal

               L'idée générale serait de préciser certaines notions que nous avions avancées dans notre article "Use and limits ...", en particulier sur la coexistence de 2 modes de contrôle moteur (1: conservatif=correction d'erreur=homéostasie, 2: projectif=capture=changement de point de vue ou de stratégie) en les illustrant à l'aide de données récentes neurobiologiques: possibilité que ces différents modes de contrôle correspondent à des reconfigurations de réseaux neuronaux et se traduisent par des modifications de propriétés intrinsèques des neurones impliqués. Et, pourquoi pas un forum sur l'histoire secrète de la représentation: de l'erreur au mensonge en passant par illusions et négligences ?

Jacques Dubucs

"Se représenter quelque chose comme X"

Je cherche a appliquer à la perception la distinction goodmanienne entre avoir une représentation (d'une instance) de X et se représenter quelque chose comme X. Par hypothèse, les catégories qui peuvent apparaître à la place X partitionnent l'environnement percu en classes d'équivalence contenant des éléments qui sont indiscernables par référence aux actions dans lesquelles l'agent est susceptible de s'engager. L'analyse est générale ("formelle" et "rudimentaire"), donc en principe applicable aux agents artificiels. Dans ce dernier cadre, je me réfère pour l'essentiel aux travaux de Sigaud (thèse de robotique, Paris-Sud 1995; thèse de philosophie en cours). Pour les agents plus familiers, la référence est la littérature relative aux domaines (ex. perception des sons parlés) dans laquelle seule l'appartenance catégorielle du stimulus est enregistrée (cf "Calculer, Percevoir et Classer", in Revue Francaise de Musicologie, N° spécial sur les sciences cognitives, a paraître).

Michel Eytan

               "Représentation mentale symbolique (logique) et Langage"

Dans la présente communication nous tenterons d'expliquer comment la DRT (Discourse Representation Theory) de H. Kamp donne une représentation logique (symbolique) du discours linguistique allant au-dela de la phrase et rendant compte de l'anaphore. Nous présenterons brièvement une extension prenant en compte l'anaphore associative et une autre prenant en compte le pluriel.

Pierre Jacob

               Je propose une conception de la notion de représentation qui s'appuie sur la notion d'information. Une barre métallique véhicule une information sur la température environnante parce que sa longueur covarie avec la température environnante. Mais une barre métallique ne représente pas la température. Par contre, un thermomètre à mercure represente la température. Quelle est la différence ? La différence réside en ce qu'un thermomètre peut *mentir* ou *déformer* la température : il peut dire que la température est de 40°C lorsqu'elle est de 20°C. Un thermomètre peut déformer la température parce qu'il a une fonction : il a pour fonction d'indiquer la température. Si bien qu'il peut ne pas indiquer ce qu'il a pour fonction d'indiquer, à savoir la température. Une conception des représentations qui s'appuie sur la notion d'information a donc besoin de la notion de fonction. Un artefact tient sa fonction informationnelle des intentions de l'agent humain qui l'a agencé. Je propose d'explorer l'idée que les représentations mentales d'un animal sont des états informationnels possédant une fonction informationnelle. La fonction informationnelle d'un état informationnel d'un animal peut dériver de deux sources : l'évolution des espèces par sélection naturelle et l'apprentissage individuel. Enfin, je propose d'explorer l'idée que chez l'homme il y a deux sortes de représentations mentales correspondant aux deux sources de fonction informationnelle : les représentations sensorielles et les représentations conceptuelles.

Jean-Luc Petit

               "La notion même de représentation mentale"

On peut estimer que Maine de Biran, Schopenhauer, Bergson, Husserl, Heidegger et Merleau-Ponty ne sont pas des philosophes absolument négligeables. Or, tous ont critiqué dans son principe même l'emploi, tant en philosophie de l'esprit qu'en psychologie empirique, d'une notion comme celle de représentation mentale, qui paraît aller de soi dans le sens commun. Tandis que, d'emblée, spontanément et sans le moindre complexe, les sciences cognitives et les neurosciences se sont exprimées dans ce langage de la représentation mentale, en faisant comme si jamais, nulle part, aucun philosophe n'avait discuté, contesté ni déconsidéré le fondement de son usage. Les philosophes ont-ils donc parlé pour ne rien dire? Les sciences cognitives et les neurosciences ont-elles fait fausse route? Comme préalable a toute réponse, on tentera de ressaisir l'essentiel de cet argument anti-représentationnaliste des philosophes et on s'efforcera de le reformuler en des termes intelligibles pour psychologues et neurophysiologistes.

Maryse Siksou

               "La notion de fonctions exécutives"

La notion controversée de fonctions exécutives est impliquée en psychologie dans l'étude de pathologies très diverses (du parkinson a l'autisme). Nous nous proposons, par l'analyse de l'une des épreuves les plus utilisées dans ce cadre, de montrer la diversité des processus sous-jacents. Cette complexité renforce l'intérêt d'une approche dynamique et permet de substituer, à l'improbable notion d'erreur pathognomonique, la description d'ajustements successifs qui prennent valeur de stratégie aux différentes étapes de l'épreuve. Le réexamen qui s'ensuit soulève, en particulier, la question du rapport des fonctions exécutives avec la théorie de l'esprit.

 


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