Corps agissant – Monde parlant : une Phénoménologie corrélationnelle

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Journée du Programme Perception Sémiotique et Socialité du Sens

Corps agissant – Monde parlant : une Phénoménologie corrélationnelle

Jean-Luc PETIT

Université de Strasbourg

LPPA-Collège de France

 

I. Monde des choses et vie anonyme

II. Constitution kinesthésique du sens d’être

III. Corrélation entre le Corps propre et le Monde

IV. La Nature – substrat et/ou formation culturelle

V. Praxis perceptive et Praxis transformatrice

VI. Paradoxe de l’objet inconnu en un Monde muet

VII. L’intropathie voie d’accès au Monde parlant

VIII. Des horizons herméneutiques en expansion

IX. Stratification fondationnelle ou implication intentionnelle

X. Récapitulation et conclusion

 

I. Monde des choses et vie anonyme

•        D’après la tradition de Descartes à la Philosophie Analytique et aux Sciences Cognitives, le Monde est une boîte où il y a les choses, l’esprit humain une boîte contenant leurs représentations : la cognition est le transfert d’une boîte à l’autre.

•        La Phénoménologie enseigne que la cognition est comme l’action où nous avons normalement affaire aux choses elles-mêmes dans un champ d’activité pratique.

•        Normalement, nous n’avons pas affaire à nos états internes : sensations, émotions, percepts, croyances, concepts, ni à  leur correspondance ou non avec les choses.

•        Dans le champ de présence instantané d’une attention vigilante, comme dans le flux continu d’une vie consciente, les choses viennent à se donner elles-mêmes telles qu’elles sont objectivement comme réalités douées d’un plein sens d’être.

•        Si nous sommes déjà ‘auprès des choses’: plus question de transfert cognitif, de sortie d’un espace intérieur, de transposition dans un espace extérieur, de prélèvement sur les choses, d’introduction de quelque chose au-dedans, etc.

•        Comme l’ouvrier tout entier absorbé dans son travail à l’atelier, la vie quotidienne – dans son orientation objective spontanée – reste généralement anonyme.

 

II. Constitution kinesthésique du sens d’être

•        Les choses de l’environnement d’un sujet percevant ne sont ni tombées du ciel,   ni les créations arbitraires d’un sujet pensant désincarné et situé nulle part.

•        Leur valeur ontologique ou sens d’être provient d’une constitution kinesthésique.

•        Cette constitution est un processus dynamique de synchronisation entre les deux flux périodiques disjoints composant l’expérience consciente du sujet :

•        Le flux des configurations d’esquisses de champ perceptif avec leur alternance de présentation latérale infra-optimale en bordure de champ et présentation centrale optimale avec la gradation d’enrichissement - appauvrissement intermédiaire;

•        Le flux des vécus kinesthésiques du système kinesthésique multidimensionnel total de l’organisme en sa rythmicité typique : repos, tonus postural, tension de force progressive, limite de tension, détente et retour à la posture de repos.

•        La synchronisation des deux flux expérientiels par couplage de la posture de repos kinesthésique avec l’optimum de la présence ‘en chair et en os’ ne peut se faire que sous l’Idée régulatrice de l’identité de l’objet de visée intentionnelle.

•        L’intentionnalité issue de l’orientation innée de la pulsion inconsciente du désir vers sa satisfaction se développe en visée cognitive des objectités idéales. 

 

III. Corrélation entre le Corps propre et le Monde

•        Le Monde primordial est l’Umwelt d’un sujet incarné dans son corps propre.

•        L’Umwelt est orienté avec le corps propre comme centre-0 des orientations.

•        L’Umwelt est différencié en régions d’accessibilité directe ou indirecte : ici – là.

•        Tous mes mouvements et postures sont rapportés à la posture normale qui exige   le moindre effort : debout, immobile sur le sol de la ‘Terre-qui-ne-se-meut-pas’.

•        Une chose est l’identité intentionnelle visée à travers la synthèse d’application par kinesthèse compensatrice d’une esquisse de champ sur les esquisses antérieures.

•        La mobilisation d’une nouvelle kinesthèse ramène les choses des kinesthèses antérieures à des apparences de choses ayant un sens d’être plus concret.

•        N’a de réalité que la chose proche, ‘à portée de main’; la chose lointaine est une chose possible dont je pourrais me rapprocher grâce à la kinesthèse du ‘y aller’.

•        Les choses ont une face avant qui me fait face, un arrière qui m’est invisible, un dessus et un dessous comme mon corps propre a un dos, une tête et des pieds.

•        Les choses normales sont les choses manipulables que je peux saisir, enlever de leur support, prendre en main pour inspecter sous toutes les faces, tourner autour...

•        Les choses non manipulables et incontournables (montagnes) sont des quasi-choses; les choses inaccessibles (nuages ou étoiles) sont des vignettes d’album.

 

IV. La Nature – substrat et/ou formation culturelle

•        L’expérience d’un sujet percevant en tant qu’il peut la poursuivre indéfiniment dans un flux d’anticipations et de saturations où la discongruence locale renvoie   à une congruence globale forme un domaine d’objets fermé qui est la Nature.

•        La constitution n’est pas la projection passive de la moyenne des expériences passées sur l’expérience à venir, mais une visée intentionnelle structurée selon une typologie familière : ‘corps physique’, ‘organisme’, ‘animal’, ‘homme’...

•        Le Monde est Monde pour l’homme : les choses incorporent en leur détermination toutes les propriétés corrélatives de l’activité du sujet interagissant avec elles : propriétés physiques, mais aussi pratiques, esthétiques, affectives et cognitives.

•        La nature ne possède une objectivité stable pour nous aujourd’hui qu’en raison   de la valeur normative des sciences de la Nature dans la culture européenne.

•        L’abstraction scientifique ayant déconstruit le subjectif et mis à nu la teneur ontologique des choses en tant que purement subsistantes à travers la constante variation de leurs modes de donnée subjective propose cette Nature physiquement réduite comme strate fondatrice ultime pour une cognition humaine idéalisée.

 

V. Praxis perceptive et Praxis transformatrice

•        Les choses ne deviennent pleinement réelles pour nous que lorsque nous intervenons dans le Monde en profitant de l’espace de jeu de la causalité naturelle pour interagir pratiquement avec elles par des forces d’action et de réaction.

•        La mise en œuvre des kinesthèses de l’action transformatrice est rendue possible par la mobilisation préalable de nos kinesthèses perceptives pour le déploiement des séries d’esquisses présentatrices des objets dans nos champs sensoriels.

•        Le sujet percevant n’est pas moins actif dans la saisie perceptive de l’identité intentionnelle de la chose à travers la variété définie de ses esquisses que dans la conception et la réalisation motrice volontaire d’un but d’action sur cette chose.

•        Sauf qu’il y a paradoxe à penser rigoureusement le percevoir comme un ‘faire’:

•        Tout faire présuppose un acquis préalable, subjectivement un projet à réaliser, objectivement un matériau disponible à reproduire (à une transformation près).

•        La perception est l’acte de saisie cognitive de quelque chose – une chose qui doit avoir été antérieurement produite pour pouvoir être cognitivement saisie : si cette production préalable est à nouveau une action, on tombe dans un cercle vicieux.

•        Si ce n’est pas une action, on revient à l’empirisme sensualiste traditionnel.   

 

VI. L’objet inconnu en un Monde muet

•        Comment est-il possible de percevoir de l’inconnu : chose ou événement ?

•        Normalement la chose perçue doit son sens d’être au suivi kinesthésique des séries d’esquisses en lesquelles elle vient à se donner comme elle-même et à la synthèse d’application liant ces esquisses dans une visée d’identité unique.

•        Ce procès comporte une temporalité avec phases distinctes d’anticipation préfigurante et de saturation d’expectative congruente (ou discongruente).

•        Or, la chose inconnue ne pouvant pas être perçue faute de pouvoir être anticipée   en son sens d’être, la perception n’apportera jamais d’information nouvelle.

•        En fait, l’activité suppose la capacité du sujet d’être hylétiquement affecté, une affection qui n’est pas impression, mais incitation à l’éveil de l’activité subjective.

•        Au lieu d’une influence mécanique entre corps mutuellement extérieurs on a une entrée en résonnance motivationnelle dans un Umwelt jamais tout à fait muet.

•        Dans l’Umwelt, l’inconnu est toujours déjà dans l’horizon d’apperception d’un type déjà connu, une région d’autres choses possibles du même type, parce que cette chose ne se constitue comme unité que dans la ‘répétition originaire’ des phases de sa temporalisation passive par les kinesthèses de la saisie perceptive.

 

     "Alles Bekannte, also auch das im Unbekannten notwendig schon Bekannte ist bloß Wiederholung und ist als das Erwerb. Alles implizite wie explizite Wiedererkennen setzt nicht bloß als sein Früher, sondern genetisch ein Kennenlernen voraus. Habe ich einmal und erstmalig einen Gorilla gesehen, so ist künftig jeder neue Gorilla eben schon Gorilla,

in dieser Hinsicht das Sehen reaktivierend im Typus und nur ergänzende, näher bestimmende

und eventuell neue Eigenschaften zu Tage bringend." [Hua 39, Bl. 37 (Dez. 1932), 448]

      „Es gibt auch Akte, die sich als urstiftende insofern geben, als sie ‚Neues‘ bieten, was für uns da ist nicht in der Weise einer Fortgeltung. So sind all unsere äußeren Erfahrungen neuer

Gegenstände, die  uns noch nie begegnet waren, eben als neue Erfahrungen ‚urstiftend‘. Aber in einem anderen Sinn sind sie es nicht. Das erstmalige Sehen einer Palme auf das Sehen  künftiger Palmen, die selbst noch nie gesehen waren, von Einfluss ist: Sie sind individuell

unbekannt, und doch ‚etwas’, ‚ein‘ Bekanntes. Schon im ersten Anblick des Neuen haben

wir ein Sinnes-schema dessen, was wir nur im Fortschreiten des Sehens und in näherer Kenntnisname zu erwarten haben.“ [Hua 39, Nr. I, 2]

 

VII. L’intropathie voie d’accès au Monde parlant

•        La perception des autres ne nous donne pas seulement leurs corps et nous ne sommes pas réduits à juger que ce sont de vrais hommes avec des états  mentaux.

•        Nous anticipons leurs actions comme si nous avions une compréhension directe intropathique de l’expression corporelle de leurs intentions, sentiments et pensées.

•        En fait cette compréhension est liée à une condition de normalité typique : nous comprenons l’homme adulte formé dans notre culture et tout autre type seulement comme variante du type de référence (l’enfant, l’asocial, le sauvage, le fou, etc.).

•        Si au foyer du champ perceptif nous n’avons que leurs corps, dans un horizon d’appréhension ce corps perçu est apperçu sur le fond d’une corrélation entre le ‘Je’ d’autrui et les Umwelten respectifs qui ne se confondent pas avec le mien.

•        Ces Umwelten ne sont pourtant pas isolés les uns des autres ni incommensurables mais de même que mon Umwelt comprend ceux à qui j’ai affaire dans la vie quotidienne, ceux des autres me comprennent en tant que j’ai affaire avec eux.

•        Un commun Monde parlant se constitue dans ce rapport de mutuelle inclusion qui s’étend aux limites mouvantes de l’interaction communicationnelle (pas toujours pacifique) entre les hommes et les groupes humains : le commerce mondial.

 

„„Umwelt“ ist die „Welt“, in die der Mensch bewußt hineinlebt, als die für ihn als Menschen konstituierte, die Welt, in der er im weitesten Sinne heimisch ist, die er sich als sein Heim gestaltet oder gestalten möchte, die danach immer neuen Inhalt, ein immer neues Gesicht für ihn hat. Was besagt da „Heim“ ? Sein „Haus“ (es mag eine Höhle sein oder sein Zelt als Nomade usw.), sein Land (seine Wüste, sein Urwaldgebiet), sein Feld und Garten etc., aber auch – da Heim schon etwas von „Welt“ ist – seine „Angehörigen“, seine Familie, sein Stamm. D i e s e  H e i m w e l t i s t   K o r r e l a t   s e i n e s   e i g e n e n   D a se i n s; er ist personales Subjekt für diese Welt und ist Subjekt seines „Lebens“ – ein Wort, das hier das Leben im weitem Horizont bezeichnet, das Leben, das ihm „vergönnt“ ist oder ihm schicksalsmäßig “auferlegt” ist. Korrelativ aber hat diese für den Menschen als Person konstituierte Lebensganzheit in sich Bezogenheit auf die raumzeitliche Ganzheit der Heimwelt, die die seine ist und für ihn korrelativ konstituiert ist.” [Hua XXXIX, Bl XI, 1934]

« L’Umwelt est le Monde que l’homme habite consciemment en tant que Monde constitué pour lui comme homme, un Monde où il est ‘chez soi’ au sens le plus large, qu’il s’aménage comme foyer et qui a de ce fait un contenu, un aspect constamment renouvelé. ‘Chez soi’ veut dire que c’est sa maison (sa caverne ou sa tente, s’il est nomade), son pays (son désert ou sa forêt primitive), son champ ou son jardin – mais aussi – car le ‘chez soi’ a déjà quelque chose du Monde – ses parents, sa famille, sa tribu. Ce Monde natal est le corrélat de sa propre existence. Il est un sujet personnel pour ce Monde et le sujet de sa ‘vie’ – mot qui veut dire ici la vie dans un horizon large, la vie qui lui   est ‘accordée’ ou qui lui est ‘infligée’ par le destin. Mais, corrélativement, le tout de cette vie constituée pour l’homme comme personne a rapport à la totalité spatiotemporelle du Monde natal qui est le sien et est corrélativement constitué pour lui. » (Husserl, Hua XXXIX, An. XI, 1934)

 

VIII. Des horizons herméneutiques en expansion

•        La science moderne prétend substituer les Umwelten relatifs à la culture de chaque communauté humaine par une Ontologie absolue de la Nature physique.

•        Cet idéal n’a qu’une réalisation paradoxale à travers l’expansion rétrospective et prospective de l’horizon herméneutique de notre Humanité européenne actuelle.

•        Portés par la nostalgie d’une Humanité primitive dans une Nature originaire ce que nous reconstituons à partir des vestiges préhistoriques ne nous renvoie pas à une Nature faite de purs éléments matériels, mais à un Monde pratique des buts, usages et modes d’expression d’hommes déjà traditionnels, sinon historiques.

•        Encouragés par le progrès technique à prolonger la découverte du Nouveau Monde par la conquête de l’espace et la recherche d’intelligence extra-terrestre, nous ne parvenons à repousser les limites du Monde pratiquement ou cognitivement accessible qu’en augmentant l’Humanité de toute forme de vie extraterrestre possible, la source éventuelle d’un signal intelligible pour nous.

•        Ce renvoi à soi-même inévitable de l’Humanité ‘via les étoiles’ signifie que le sens du Monde tient à sa constitution subjective et non pas à pouvoir être isolé comme objet de toute subjectivité par une muraille de faits et de lois physiques. 

 

„Zudem trägt die gemeinsame Welt indirekte Anzeigen in sich für tierisches und menschliches Sein, das unsere Historie nicht mehr umgreifen kann, und auch indirekte begründete Möglichkeiten für Mitdasein von tierischen und schließlich möglicherweise menschenartigen Generationen, die nicht zu unserer Generationenkette, der irdischen, gehören würden. Unsere Umwelt, die mit uns historisch-generativ verknüpfte, von uns Gegenwärtigen aus in der Einheit der generativ gebundenen Historie, schrittweise zugängliche und möglicherweise noch zugänglich werdende, hat einen offenen Horizont einer Natur, die die diesem Kreis zugehörige und wirklich zugängliche Natur transzendiert, als eine stets unzugänglich bleibende „astronomische Natur“, zu der doch generative Zusammenhänge welterfahrender Subjekte gehören könnten, Subjekte, die nur mit uns in Gemeinschaft treten (und sich evtl. sogar mit uns generativ verbinden könnten), wenn einmal in einer künftigen Gegenwart die Unzugänglichkeit der Gestirnnatur überwunden und sie in eine zugängliche Nahnatur verwandelt werden könnte. Aber auch dann würde sich hinter den zugänglich gewordenen Gestirnen eine unzugänglich gebliebene Fernwelt mit unbekannten Subjekten vorzeichnen [Hua XV, Bl XII, 1931].“ 

„Es besondern sich Gemeinschaften und Gemeinschafstumwelten bis hinauf zu einer europäischen oder irdischen Menschheit, die doch noch nicht die Idee der Menschheit im universalsten Sinne erfüllt, sofern hier ein Wesensbegriff vom Menschen in Frage ist, der es offen lässt, ob nicht noch außerhalb der Erde Menschen als Mitträger unserer Welt leben, Menschen, die, sowie sie in faktische Verständnisbeziehung zu uns treten, alsbald zur Mitkonstitution der Welt berufen und befähigt wären [Hua XV, T. 11, 1930-31].“

« De plus, le monde commun contient la possibilité indirectement fondée de générations d’humanoïdes qui ne pourraient pas appartenir à la chaîne de nos générations terriennes. Notre Umwelt, celui qui nous est lié par les générations et l’histoire, qui nous est progressivement accessible et le devient toujours plus, possède l’horizon ouvert d’une nature qui transcende la nature effectivement accessible appartenant à ce cercle, « une nature astronomique » qui reste toujours inaccessible, mais à laquelle cependant pourraient appartenir des sujets ayant l’expérience d’un monde au sein de leurs rapports de générations, sujets qui ne pourraient entrer en communauté avec nous (et se lier éventuellement aussi à nous par la génération) que si un jour dans une actualité future l’inaccessibilité de cette nature stellaire était surmontée et qu’elle soit transformée en une nature proche accessible. Mais, là encore, derrière les étoiles devenues accessibles se profilerait un monde lointain inaccessible avec des sujets inconnus (Hua XV, An. XII, 1931). » 

      « Communautés et Umwelten communautaires se particularisent jusqu’à une Humanité européenne ou une Humanité terrienne, lesquelles ne remplissent cependant pas l’idée de l’Humanité au sens le plus universel, dans la mesure où fonctionne ici un concept essentiel de l’Homme qui laisse ouverte la question de savoir si en dehors de la Terre ne vivent pas des hommes comme co-porteurs de notre monde, des hommes qui, dès lors qu’ils entreraient en fait en rapport de compréhension avec nous, seraient appelés et habilités à la co-constitution du monde. Et, finalement, s’il devait nous apparaître que « des hommes » vivent, par exemple sur Mars, et que nous trouvions le moyen d’entrer avec eux dans une communauté de compréhension, dès ce moment ils compteraient pour le « nous » humain qui est corrélatif du monde comme « notre » monde commun à tous (Hua XV, T. 11, 1930-31). »

 

IX. Stratification ou implication intentionnelle

•        Est-ce que le Monde des faits précède les valeurs de la culture, ou est-ce que le Lebenswelt n’est pas plutôt traditionnel de part en part ? – Autrement dit : la perception n’est-elle pas d’emblée sémiotique, le sens d’avance social ?

•        Heidegger dans Sein und Zeit a beaucoup reproché à Husserl d’avoir infiltré à la base de la description phénoménologique de l’être-au-Monde la traditionnelle ontologie chosiste de la Métaphysique classique et de la Science moderne.

•        Ce reproche peut sembler justifié par la stratification du Monde de l’expérience vécue en couches de sens superposées à une couche substrat ultime qui serait fondatrice de toutes les autres et qui serait dégagée par l’abstraction scientifique.

•        En réalité cette interprétation est un contresens naturaliste physicaliste qui s’arrête au procédé méthodique adopté par Husserl pour l’exposition de la structure d’implication intentionnelle infinie de la vie subjective et intersubjective :

•        Le sens d’être du Monde n’est pas fondé sur les éléments spatio-temporels d’une description physique de la Nature; il se constitue et re-constitue continuellement dans le flux d’interactions quotidiennes, pratiques, corporelles, affectives, cognitives et communicationnelles des sujets incarnés et situés du Lebenswelt.

 

X. Récapitulation et conclusion

•        Le dualisme externe - interne de la cognition est dépassé avec l’intentionnalité.

•        La ‘réalité’ des choses se constitue par esquisses de champ et par kinesthèses.

•        Le Monde primordial est l’Umwelt orienté dont notre corps propre est le centre.

•        Dans les choses invariantes à travers la variation des apparences il y a plus de sens que ne l’admet la science de la Nature qui en fait son domaine fermé.

•        Comme l’action motrice, la perception doit être une Praxis productrice.

•        ‘L’entrée d’information’ perceptive implique une ‘répétition originaire’ qui sauvegarde l’activité autonome comme le pouvoir d’être affecté du sujet.

•        Dans la perception d’autrui nous appréhendons aussi son rapport au Monde.

•        Nous vivons toujours dans nos Umwelten quotidiens, non dans le Monde absolutisé de la science, lequel n’est que l’Idéal de congruence de l’expérience.

•        Le Monde n’est Monde que comme corrélat de l’intersubjectivité humaine et  cette intersubjectivité n’est elle-même possible que comme être-au-Monde.

 

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