Husserl's Theory of Kinaesthetic Constitution

Publié le

Kant, Husserl et les sciences cognitives - Kant, Husserl, and the cognitive science

Journée du CREA/ENSTA 27 Mai 2009

Husserl’s Theory of Kinaesthetic Constitution
as a gateway to a naturalized Phenomenology

Jean-Luc PETIT

Université de Strasbourg

& LPPA, Collège de France

 

  1. La faute de la phénoménologie transcendantale.
  2. Le concept de constitution transcendantale.
  3. La constitution transcendantale comme eidétique.
  4. Constitution visuo-kinesthésique des choses.
  5. Constitution tactilo-kinesthésique des choses.
  6. Constitution tactilo-haptique du corps propre.
  7. Constitution intropathique du monde commun.
  8. En quoi les kinesthèses sont-elles “du Je”?
  9. La kinesthèse est-elle acte ou sensation ?
  10. Eidétique transcendantale et Sciences Cognitives

 

1. La faute de la phénoménologie transcendantale

•        D’après une critique influente due à H. Dreyfus le programme husserlien en tant que description symbolique abstraite des sens noématiques partagerait le défaut des premières théories cognitives : un intellectualisme désincarné et non situé.

•        Un contraste invoqué à l’appui de cette critique entre la phénoménologie transcendantale et l’ontologie existentielle crédite Heidegger d’une sensibilité à l’incarnation et à la situation socioculturelle qui aurait manqué à Husserl.

•        Dans Sein und Zeit Heidegger vise Husserl à travers sa critique de Descartes qui aurait ramené l’être-au-monde de l’existant à l’être-dans-le-monde des choses.

•        Descartes-Husserl aurait imputé la localité de l’être-ici corporel à l’existant qui est d’abord là-auprès de ses objets de préoccupation avant de faire retour à l’ici.

•        Radicalisant la différence entre l’existant et l’étant Heidegger creuse un abîme entre l’ontique dominant la métaphysique et la science et le mode d’existence affairé de l’homme moderne illustré par l’artisan au travail dans son atelier.

•        Contrairement à un amalgame habituel, situation contextuelle n’implique pas incarnation : soupçonnant dans le corps propre [Leib] une survivance de dualisme Heidegger tend à retirer paradoxalement au Dasein tout statut corporel déterminé.      

 

2. Le concept de constitution transcendantale

•         ‘Constituer’: opération par laquelle un sujet percevant donne à une configuration constante de son expérience vécue la valeur d’une entité réelle permanente localisée dans l’espace physique.

•        Le monde de vie des sujets percevants est peuplé d’objets constitués qui doivent leur constitution aux interactions mutuelles entre ces sujets et le monde.

•        Les “choses en soi” absolues dans l’espace physique, postulées par le sens commun et la Mécanique classique, sont des produits d’abstraction ultérieurs aux opérations de la constitution perceptive et non les sources originaires de la perception naturelle.

•        Le processus de la donation de sens n’est pas une simple disposition d’esprit du sujet pensant : en droit il est passible d’une construction rationnelle systématique sous la forme d’une ontologie formelle dans la tradition des fondements de la géométrie, une tradition à laquelle se rattachent J. Petitot, G. Longo, et al. : Bernhard Riemann (1854) Über die Hypothesen, welche der Geometrie zu Grunde liegen; Hermann von Helmholtz (1878) Die Tatsachen in der Wahrnehmung; Henri Poincaré (1902) La Science et l’hypothèse.

 

3. La constitution transcendantale comme eidétique

•        ‘Espace’, ‘Nature’, ‘Monde’ sont des concepts de grandeurs multidimensionnelles [Mannigfaltigkeiten: variétés] dont l’espace usuel n’est qu’un exemple particulier.

•        ‘Les choses’ sont des modes de détermination singuliers d’une variété (nD).

•        L’expérience [Erfahrung] est la transition continue de l’un à l’autre des modes de détermination variationnels disponibles au corps propre d’un ‘Je’ (anonyme).

•        Les choses se présentent dans des flux d’esquisses de champ sensoriel et leur saisie requiert la mobilisation corrélative d’un chemin du système kinesthésique.

•        L’existence des choses n’est indépendante ni de leur champ de présentation ni de l’espace de leur localisation et leur saisie ni du chemin d’accès à elles par un Je.

•        Les modes de détermination parcourus quand on va d’un mode de détermination à un autre forment une variété (1D) : si on passe de là à une autre variété (nD) par projection de tout mode de détermination singulier de la première sur un mode de détermination singulier de la seconde, on a une variété de dimensionnalité n+1.

•        Comme construction de la structure de variété multidimensionnelle du Monde à partir de la donnée originaire des variétés de moindre dimension générées par le corps propre d’un Je la constitution transcendantale est une méthode purement immanente alternative aux méthodes transcendantes qui plongent des choses absolues dans un espace externe (Géométrie euclidienne et Esthétique kantienne).

 

Quelques textes sur la construction de l’espace par stratification de variétés kinesthésiques :

“A chaque mouvement des yeux et chaque kinesthèse qui y fonctionne de manière constituante, le champ visuel est promené çà et là en totalité, comme le pinceau qui peint le champ spatial. Idéalement, en considérant non les organes physiques, mais le système moteur complet, le corps propre entier qui se meut parcourt tout l'espace infini." [Husserl ms D13 I (5-7 oct. 1921)]

Dans le système oculomoteur un objet identique se constitue du fait qu’au cours de mon développement il est conforme à l’essence de la subjectivité monadique (d’après ses lois “innées”) que doive se former un système “d’intentions” habituelles sur la base d’une régularité que j’ignore régissant le décours optimal des données et leur corrélation aux kinesthèses.” [D13 IV (oct. 1921), 29]

“Quelle sorte de variétés les variétés kinesthésiques sont-elles, avec leurs changements possibles allant du repos total au mouvement total ? D’avance, nous n’en savons rien; rien de la sorte de multidimensionnalité qui est la leur. C’est pour cela que se poseront ultérieurement les questions d’essence quant à leur fonction dans la possibilité de l’intuition spatiale et de la perception d’un Umwelt spatial; les questions sur ce que prescrit cette variété en son essentialité et ce qui existe en fait pour le corps propre humain, en tant que normal ou anormal (selon la typique des anomalies de fait).” [D12 I (5 sept. 1931), 26]

                                                                             

4. Constitution visuo-kinesthésique des choses

•        Si les choses ont du sens pour nous, c’est en raison du rôle constituant des kinesthèses et donc du corps propre à toutes les étapes de leur constitution.

•        La variété des esquisses de champ visuel comporte une gradation jusqu’à un optimum de présentation; la variété des kinesthèses oculomotrices comporte une alternance de repos et de tension : la présentation « en personne » de la chose dépend de la synchronisation du repos kinesthésique avec l’optimum du champ.

•        La chose identique et permanente est ce qu’une kinesthèse compensatrice me permet de retrouver comme la même une fois que ses esquisses ont disparu.

•        L’entrée en jeu d’une kinesthèse nouvelle entraîne le collapse de la chose constituée grâce à la kinesthèse antérieure en apparence d’une chose de dimension supérieure : application [Deckung] des modes de détermination des variétés.

•        Ex. Saisir comme occultation d’une chose lointaine par une proche dans l’espace physique 3D le télescopage de leurs images-esquisses dans le champ visuel 2D.

•        Les choses n’acquièrent leur pleine réalité matérielle que dans la mesure où je peux les saisir (kinesthèse haptique) en exerçant des forces pour les enlever de leur support, les changer de place, les emporter avec moi, les transformer, etc. 

 

5. Constitution tactilo-kinesthésique des choses

•        Dualité du “toucher”, à la fois donnée sensorielle et activité volontaire (le “tâter”, “saisir”, “palper”, “manipuler”, “pousser”, etc.) du sujet percevant.

•        La “chose visuelle” apparaissant dans le champ visuel n’acquiert une valeur de chose matérielle résistante (res extensa) qu’en devenant “chose tactile”.

•        La “chose tactile” est une configuration constante du “champ tactile”.

•        Un champ tactile partiel est corrélatif d’une kinesthèse instantanée.

•        Les kinesthèses sont les vécus intérieurement éprouvés des différentes postures   et des changements posturaux possibles des organes au sein du système kinesthésique complexe complet du corps propre d’un sujet percevant.

•        La kinesthèse du tâter unifie les champs tactiles partiels en un champ continu  pour la présentation des aspects des choses matérielles extracorporelles.

•        Les kinesthèses visuo-tactiles sont associées aux aspects des choses; elles conduisent par une gradation de forces suivant un parcours cyclique vers l’optimum d’une série d’aspects, où la chose apparaît “en chair et en os”.

•        La tendance à cet optimum anticipe l’orientation intentionnelle du sujet   percevant vers “la chose elle-même” et celle de l’agent vers le but d’action.

•        Les kinesthèses tactiles sont des aspects du corps propre: toute perception de “chose extérieure” renvoie rétroactivement au corps propre touchant.

 

6. Constitution tactilo-haptique du corps propre

•        Comme les autres choses, le corps propre doit être activement constitué par le sujet percevant pour avoir la valeur d’une chose parmi les autres dans l’espace.

•        L’usage des mains comme organes du toucher a une contribution essentielle à cette constitution du corps propre à la fois comme corps et comme propre.

•        Dans une expérience privilégiée, celle des mains “touchée-touchante”, se réalise un mode d’objectivation des vécus subjectifs typique du champ tactile.

•        Dans le champ visuel, le recouvrement d’images (l’image de votre tête par celle de ma main) est objectivé comme occultation d’une chose distante (votre tête)  par une chose proche (ma main) interposée dans l’axe de mon regard.

•        Dans le champ tactile, le recouvrement des données sensorielles de la main touchée par celles de la main touchante, recouvrement récurrent malgré la différence des parcours kinesthésiques lors de l’alternance des rôles touché et touchant des deux mains, est objectivé comme contact spatial de mes membres: il y a peut-être là deux choses, mais je suis actif des deux côtés.

•        En admettant que les kinesthèses tactilo-motrices procèdent “du sujet”, le transfert de l’expérience “touchant-touché” aux autres parties du corps (et aux outils éventuels) localise ces kinesthèses du sujet dans une surface continue, fermée,     et recouverte de données sensorielles coexistantes : le corps propre.

 

7. Constitution intropathique du Monde commun

•        L’intropathie est-elle un simple palliatif au solipsisme transcendantal ?

•        Une constitution d’autrui par un Je souverain : il n’y a rien de tel.

•        Autrui perçu comme corps est apperçu comme corps propre dans l’horizon d’un Umwelt qui diffère de mon propre Umwelt mais de manière commensurable.

•        L’autre Je transcendantal comme source d’actes constituants pour un monde possible entre nécessairement dans la co-constitution du monde commun.

•        L’intropathie [Einfühlung] n’implique pas de sentiment positif; comme fonction transcendantale elle est reconnaissance d’un foyer de constitution autre que le Je.

•        Cette reconnaissance se fait par rétroprojection des mouvements perçus du corps d’autrui sur mon propre système kinesthésique avec son répertoire moteur.

•        Même si les expressions verbales d’autrui me sont opaques parce que sa langue et sa culture sont étrangers, je saisis au moins le sens de ses actions motrices.

•        Il n’y a rien de tel qu’une omni-subjectivité corrélat ultime du monde commun mais l’Humanité est un concept relatif à une communauté d’interaction et d’intercompréhension et par suite ouvert à tout progrès de la communication.

 

8. En quoi les kinesthèses sont-elles “du Je”?

•        Même s'il est clair que le rôle constituant des kinesthèses enracine l’activité subjective dans le corps propre cet enracinement peut encore prêter à ambiguïté : faut-il l'entendre comme incarnation ou comme naturalisation ?

•        Les kinesthèses remontent à une phase d’expérience du vivant qui précède l’action volontaire et la conscience, une phase où le désir se mue en intention et volition.

•        « Alors, il n’y a naturellement pas de distinction à faire entre désirer et vouloir, pas plus qu’entre vouloir en général et agir. Mais ne perdons pas de vue la kinesthèse. Comme Je actif – et le Je éveillé est continuellement actif, donc continuellement affecté – je suis Je en un constant ‘je me meus’. Celui-ci, une sphère à ce point de vue originaire, est le kinesthésique (le problème étant de savoir si la kinesthèse est fondatrice pour tout Je-me-meus (tout processus subjectif). » [C16 IV (1932) 3]

•        Dans la même ligne on est conduit à restituer une dimension d’intentionnalité à la pulsion instinctive comme précurseur de l’action volontaire, aboutissant à un transfert des fonctions constituantes à un processus automatique en moi :

•        « Nous devrions donc dire que l’instinct qui s’exerce dans la kinesthèse mène finalement à la constitution du système maîtrisé comme unité d’une accessibilité possible, d’une reproductibilité de chaque posture… que chaque sphère kinesthésique est une connexion instinctive qui peut s’exercer pour elle-même... » [C16 IV, 15-16]

•        D’où une tension non résolue entre cet automatisme kinesthésique et la dimension subjective de l’activité intentionnelle et de l’action volontaire du Je :

•        « Que sont donc ces kinesthèses en elles-mêmes et quel rapport ont-elles aux actes, qui les accompagnent, de ce Je qui dans leur parcours se dirige à travers elles ? Est-ce que cette expression d’actes qui dirigent les kinesthèses n’est pas déjà trompeuse ? » [D10 IV (1932) 9]

 

Textes : « Les kinesthèses ont leurs propres gradualités, p. ex. le lever du bras entier a le caractère du vaincre la pesanteur, du mouvement contre une résistance à un degré variable; de là, la transition d’une direction à une autre, les différences de posture, tempo, lenteur, vitesse… Quelle est donc l’affinité particulière de ces processus kinesthésiques avec le Je en son activité? … Mais est-ce que le Je est quelque chose en dehors de ses actes concrets dans la concrétion de la vie, et est-ce qu’un acte concret est pensable autrement que comme un décours où quelque chose s’écoule activement, qui pourrait aussi s’écouler de soi-même de façon inactive, et enfin un noyau qui vient à s’écouler de façon immédiatement active, et qui est même immédiatement activable? Dès que le Je est éveillé, donc actif, il est toujours dans des activations, il est activement et en première ligne en des décours immédiatement actifs. Cela n’exclura pas que des mouvements réflexes se déroulent de façon simultanée. Mais, ces mouvements ne sont-ils pas eux aussi du Je? « Inactifs » sans doute, mais pourtant d’une autre façon que d’autres décours tels que les données visuelles, qui surviennent et ensuite s’écoulent en accompagnant ces mouvements. …Ce qu’on doit dire, c’est que le Je éveillé est pratique et qu’à sa vie concrète il appartient comme la forme structurale même de celle-ci, qu’il est vie pratique, qu’il est constamment une structure du flux avec les changements qui s’y constituent passivement, changements qui l’affectent d’une affection qui se change toujours en modes subjectifs du faire, mais où l’être dirigé actif et volontaire vers un particulier se réalise en un mode stratifié toujours plus complexe. De sorte que nous aurions la structure intentionnelle de la vie de conscience et que celle-ci renverrait toujours en retour à une structure fondamentale d’écoulement kinesthésique qui se développe comme perception donatrice d’objectivité spatiale… en union avec la possibilité d’intervenir dans « le monde existant » en agissant grâce à un changement d’énergie kinesthésique correspondant à un coup, une traction, etc. »

  « Mais, qu’en est-il du subjectif pur, du Je identique des affections, des actes, des sentiments? Cet ego concret comme identique en sa temporalité fluente (en ses modalités temporelles); le même monde pour moi – le même Je. Quelle sorte d’identité est celle-là? La constitution n’est-elle pas plurivoque? Ce Je a-t-il une existence concrète et existe-t-il comme Je de son monde primordial? Y a-t-il déjà Je? N’est-ce pas plutôt le “Je avec l’Autre” qui vient à l’existence, Je et l’Autre comme étant, grâce à une première transcendance de cette subjectivité dans une présentification qui n’est pas celle de la remémoration mais celle de l’intropathie?»  [D10 IV ‘Difficultés de la kinesthèse’ (Juin 1932) 13-14, 16, 18]

 

9. La kinesthèse est-elle acte ou sensation ?

•        Le traitement des kinesthèses comme variétés motivantes susceptibles d’être synchronisées avec les variétés d’images neutralise le paradoxe qu’il y aurait à attribuer un contenu sensoriel à l’action en son noyau même d’acte du Je : l’intention.

•        Que la kinesthèse s’origine comme hylétique ou qu’elle débouche sur le “Je peux” de l’acte volontaire : nul besoin pour la construction eidétique de lever l’ambiguïté où Husserl a constamment maintenu son concept de kinesthèse [D13.IV, 1921]

•        Historiquement, ce paradoxe a fait débat entre Dilthey et Scheler (1924-26) : qu’est-ce qui donne la chose au sujet percevant, son expérience d’une résistance à l’effort de son vouloir ou celle de l’élan du Je agissant qui traverse une expérience sensorielle ramenée du même coup à une simple circonstance concomitante ?

•        L’actuelle psychophysiologie de l’intention motrice n’a pas clarifié la situation:

•        B. Libet conçoit l’intention comme « a felt urge or desire that precedes the act » – mais précéder ne veut pas dire avoir l’intention. Nos décisions se règlent sur une horloge interne – pour les événements physiologiques on se sert d’un chronomètre.

•        Qu’est-ce qui fait qu’une intention est l’intention de l’action qu’on entend faire et qu’est-ce qui fait que cette action est justement l’action qu’on veut faire ? La flèche de visée intentionnelle du but de l’action est une donnée phénoménologique pour laquelle P. Haggard a proposé comme corrélat un processus cérébral induisant l’attraction perceptive de l’action et de l’effet produit à l’exclusion de tout autre événement.

 

10. Eidétique transcendantale et Sciences Cognitives

•        En sciences cognitives le mépris de l’eidétique allant de pair avec la superstition du factuel on se contente trop souvent d’un encadrement conceptuel minimal, sinon trivial :

•        Une fois cristallisée au plan du comportement la prétendue différence entre “suivre une route pas à pas” et “s’orienter d’après une carte mentale” on croit avoir assez fait pour éclairer “les fondements neuraux de la cognition spatiale” en transposant cette différence au plan neuronal en une hypothèse de l’existence de deux systèmes distincts : un système cartographique et un système kinesthésique.

•        Or, ce dualisme du chemin et de la carte est grevé du préjugé de Piaget valorisant la représentation cartographique du monde comme stade de l’intelligence adulte par opposition au réalisme infantile collé au point de vue local de l’observateur.

•        Tout protocole expérimental construit sur l’opposition ego - allo reposera sur le même présupposé associant subjectivité et non développement pour mieux détacher l’objectivité de la cognition adulte de ses conditions transcendantales.

•        La théorie de la constitution transcendantale exerce son rôle critique en rappelant que fonder n’est pas assumer un espace préconstitué à sa représentation mentale.

•        Pas d’autre fondement possible que le processus transcendantal où se constitue un espace de dimensionnalité supérieure sur la base unique et exclusive d’espaces corporels de moindre dimensionnalité mais immédiatement disponibles au vivant.

 

Résumé

•        Si la fonction constituante des kinesthèses dans la théorie du Lebenswelt de Husserl n’a pas eu l’impact qu’elle aurait pu avoir dans la tradition ultérieure de la phénoménologie, cela est dû au fait que Heidegger dans Sein und Zeit a ignoré le thème husserlien du corps propre, suspect de dualisme. Déterminant le Dasein par sa seule situation d’être-au-Monde, Heidegger faisait l’impasse sur l’incarnation.

•        De sorte que malgré le subjectivisme transcendantal de Husserl, sa théorie du Lebenswelt paraît mieux armée pour le dialogue avec les sciences du vivant dans la mesure où les kinesthèses, comme face subjective des postures et mouvements corporels, gardent une interface avec le système moteur de l’organisme humain.

•        Or, l’intuition à la source de la conception husserlienne de la constitution transcendantale des valeurs ontologiques pour le sujet est que l’invariance des apparitions de choses se manifeste dans l’entrelacement continu et régulier des configurations de champ sensoriels et des kinesthèses. Comme dans l’exploration perceptive et la transformation pratique notre ‘Je peux’ contribue à ce que les choses acquièrent pour nous leur sens d’être, tout renvoie au corps propre.

•        Rapportée à l’actuelle psychophysiologie, cette intuition prend valeur prémonitoire, dans la mesure où la perception y est en voie de réinterprétation radicale : au lieu d’un processus centripète d’encodage et de transformation d’une information externe, elle se conçoit désormais comme un processus central de mise en congruence mutuelle et de remodelage permanent les unes par les autres des cartes somatomotrices et somatosensorielles pour l’engrammation cérébrale des apprentissages moteurs et des vicissitudes de la biographie individuelle.

 

 

Publié dans philosophie

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article