Journées philosophiques de Bienne 18-20 Novembre 2011

Publié le par Jean-Luc Petit

 

Philosophietage Biel – Journées philosophiques de Bienne : 18 - 20 novembre 2011

„Fürchte Dich nicht! - Alles unter Kontrolle!

« Ne crains rien! Tout est sous contrôle »

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Jean-Luc PETIT

Les neurosciences expliquent-elles ce qui nous fait agir?

Émotions, Actions, Intersubjectivité.

L’expérience quotidienne enseigne que l’agent humain, bien que capable de raisonner et de s’émouvoir, n’est ni un décideur parfaitement rationnel quand il délibère, ni l’impuissante victime de ses impulsions quand il y cède. On peut se demander si le sens de l’ambivalence des conduites humaines qu’on acquiert par la pratique de la vie sera validé par la recherche contemporaine. En effet, les neurosciences sont engagées dans une entreprise de naturalisation des émotions, des actions, de l’intersubjectivité, etc., concepts auparavant seulement accessibles – et qu’on aurait pu croire exclusivement accessibles – aux modes d’approche interprétatifs typiques des sciences humaines. Pour réduire ou contrôler la polysémie apparente des actions et revenir à l’univocité absolue des faits de nature, les neurosciences ont élaboré des méthodes indirectes (enregistrements cellulaires sur modèle animal, lésions ou handicaps, imagerie cérébrale). Ces méthodes indirectes leur ont permis de corréler une diversité d’aspects de l’action humaine avec des événements localisés dans l’espace et le temps, à savoir des patrons d’activité neuronale spécifiques dans le cerveau. Mais, au plan de l’interprétation des données, les sciences cognitives n’en sont pas moins tiraillées entre une conception rationaliste qui fait de l’agent un calculateur froid et une conception empiriste qui ramène aux émotions élémentaires la motivation de l’action. Confiantes en la puissance de leurs techniques, oublieuses de ce conflit interne des interprétations, les neurosciences sont tentées de retirer de la cartographie fonctionnelle du cerveau une « explication causale » des propriétés de l’action humaine comme composante de la nature de l’homme. Est-il à craindre que ce déterminisme neuronal des conduites ne prépare une prise de contrôle (ou l’aggravation du contrôle) sur les individus? D’abord, il est douteux que des corrélations fonctionnelles intra ou intercérébrales rendent jamais possible de dominer le tissu dense des relations de sens entre les personnes humaines interagissant dans le contexte des ensembles sociaux. D’autre part, les administrations n’ont pas attendu les sciences du cerveau et de la cognition pour exercer leur emprise par des procédés éprouvés. En prenant pour guide les ébauches d’une phénoménologie de l’affectivité et de l’intersubjectivité tracées par les philosophes, et en nous instruisant aux recherches sur les fondements neurophysiologiques de la motivation, nous tenterons de consolider notre sens de l’ambivalence des actions humaines contre le réductionnisme des décideurs.


 

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