Séminaire "Altérités technologiques" UT Compiègne 17-21.01.2011

Publié le

Jean-Luc PETIT

Philosophie. Université de Strasbourg

& LPPA, Collège de France

 

L’effet Miroir en imagerie :

Une distorsion neuromimétique de la communication intersubjective.

 

La littérature en neurosciences cognitives s'est orientée depuis quelque temps vers les bases neurales de la communication et de l'intersubjectivité chez l'humain. Je souhaite revenir sur la discussion des hypothèses implicites à une explication en vogue de cette communication intersubjective. Certains chercheurs, dans la communauté des neurones miroir, notamment, admettent comme une évidence que les cerveaux des interlocuteurs d'un dialogue (interaction cognitive ou émotionnelle) doivent entrer en résonnance pour que la communication entre eux soit effective. Or, un minimum de sensibilité phénoménologique à notre expérience dialogique suffit pour mettre en doute la nécessité et la généralité d’une telle conception : les actes de communication sont des actions à plusieurs auxquelles la contribution des participants est rarement symétrique. La technologie d'imagerie cérébrale, étant limitée à la mise au jour de symétries/dissymétries ou de synchronisations/désynchronisations des patrons d’activation du tissu cérébral, a-t-elle une part de responsabilité dans cette distorsion neuromimétique de notre expérience dialogique?  

De notre parcours nous retirons une nouvelle preuve du fait que l’absence de préjugé communément prêtée aux technologies est un mythe, et qu’en particulier l’application de l’imagerie cérébrale à la recherche des bases neurales de la communication est grevée d’un préjugé mimétique. La majeure partie des travaux assument sans critique que pour une communication effective le cerveau d’un sujet observateur doit reproduire par mimétisme passif ou par simulation active les patrons d’activation du métabolisme du cerveau de l’acteur observé. Le secteur de la neuroéconomie sauvegarde l’asymétrie de la relation sociale, mais réduit le contexte aux petits mondes des jeux. Les neurosciences computationnelles affaiblissent les contraintes de l’identité mimétique en faveur d’une corrélation inductive causale. Mais le progrès dans l’approximation de la complexité formelle de l’interaction communicationnelle est compensé par une régression au rationalisme normatif d’un cerveau machine logique probabiliste dont l’anatomie fonctionnelle reste enfermée dans la boîte noire. 

 

www.jlpetit.com

http://jean-luc.petit.over-blog.com

http://www.college-de-france.fr/chaires/chaire8/equipes/AB/index.htm

 

Université de Technologie de Compiègne (UTC)

Séminaire PHITECO « Altérités technologiques »

Lundi 17 janvier

10h30-12h. Accueil étudiants (SC01).

14h00-17h30. Médiation technique et rapport à autrui.

14h00. Présentation.

14h30. Fabrice Métais (philosophie. UTC). Altérité radicale d'Autrui et inscription, (avec Lévinas).

15h30. Annie Abrahams (cyberart). Le travail collaboratif ne démarre pas au quart de tour...

16h30. Bernard Stiegler (philosophie. IRI, UTC).

Pharmacologie de l’autre et du même à l’époque de la transindividuation numérique.

Mardi 18 janvier

10h-12h. Pathologie et psychothérapie de l’autre.

10h00. Alain Gillis (psychiatrie). Autisme et motricité. La technique du packing.  

11h00. Benoit Virole (psychologie, psychanalyse), Construction de soi et altérité. Données de la psychopathologie humaine.

14h-17h00. Couplage Homme-machine.

14h00. Jérôme Goffette (philosophie. Université Claude Bernard Lyon), Hybridité, prothèse, cyborg et anthropotechnie.

15h00. Victor Petit (philosophie. UTC). L’Homme-machine.

16h00. Ken Prépin (sciences cognitives. Telecom Paris-Tech). « Embeddedness » : du couplage physique au couplage social.

Mercredi 19 janvier

9h30-12h30. Altérités neurologiques.

9h30. Jean-Luc Petit (philosophie. Université de Strasbourg & LPPA, Collège de France).

 L'effet miroir en imagerie: une distorsion neuro-mimétique de la communication intersubjective.

10h30. Jean-Claude Dupont (épistémologie des neurosciences. Université de Picardie).

L’imagerie cérébrale : une “néophrénologie” ? Questions épistémologiques sur l’ICF

11h30. Guillaume Dumas (psychologie cognitive. Université Paris VI). Vers une neuroscience à deux corps.

14h-16h. Altérités biotechnologiques.

14h00. Pr. Devauchelle (chirurgie. CHU d’Amiens). La greffe de visage : altérités biologiques, altérités technologiques ? 

15h00. François Delaporte (philosophie. Université de Picardie). Artifice et nature : une approche philosophique.

Jeudi 20 janvier

9h00-13h00. Epistémologies et éthiques des machines.

9h00. Sacha Loeve (épistémologie. Université Paris X). Ceci n'est pas une brouette : l'altérité technologique des nanomachines.

10h00. Anne-Françoise Schmid (épistémologie. Institut national des sciences appliquées de Lyon).

Epistémologies et éthiques technologiques.

11h00. Jean-Michel Besnier (épistémologie. Université Paris IV).

12h00. Discussion. François Sebbah, Victor Petit, (coord.).

14h30-18h. Séance de travail avec les étudiants (SC01).

Vendredi 21 janvier. Journée commune (SC01-GE90). Technologies numériques.

9h30-12h30.

9h30. Yann Moulier Boutang (économie. UTC).  Les modalités de valorisation des immatériels de type 2.

10h30. Frédéric Bourget, Bamboo & Bees (droit, économie), L’exemple des chaires d’entreprises.

11h30. Franck Ghitalla (info-com, INIST). L'experience WebAltas.

14h-17h30.

14h00. Marie-Anne Paveau (linguistique. Université Paris XIII). Les technologies discursives. Altérisation, cognition, narcissisme.

15h00. Christian Fauré (ingénierie. Ars Industrialis), Technologie relationnelles

16h00. Fabien Pfaender (ingénierie. UTC). Ecologie des métadonnées.

16h30. Pascal Jolivet, Julia Taddei, Michaël Vicente (sociologie, économie. UTC). Ecologie du libre.

 

Altérités technologiques

Les technologies modifient nos rapports à l'altérité : nouvelles technologies de l'information et de la communication (en particulier les nouveaux réseaux sociaux), nouveaux dispositifs technologiques d'accès à la présence d'autrui (environnements virtuels ; perception à distance, en particulier tactile), technologies d'investigation du corps humain (notamment la cartographie génétique ou l'imagerie cérébrale).

Mais, en même temps que les médiations techniques semblent affecter notre rapport à autrui, peut-être permettent-elles aussi d’en dévoiler les conditions de possibilité et d’en mieux comprendre la nature.

Les technologies modifient les altérités, voire en produisent. Ainsi si le visage est par excellence autrui en sa présentation, faut-il méditer que nous pouvons maintenant intervenir techniquement de manière radicale sur cette présentation grâce en particulier à la greffe de visage. On notera aussi que le « Cyborg »est l'emblème contemporain pour tous les mixtes d'organique et de machine qui peuplent notre monde, troublent la frontière entre vivant et non-vivant et tout aussi bien la frontière entre humain et non-humain. De manière générale, de plus en plus, la question de l'altérité ne se pose plus seulement en terme d'intensité (autrui tranchant sur tous les autres ordres de réalité et ne se réduisant à aucun), mais aussi en terme de diversité : quels êtres valent comme « autrui » ? Les autres êtres humains (mais où « commence l'humain? » et « où finit-il? ») ? Les animaux ? Le « cyborg » ? Les drones et autres machines en un sens « autonomes » ? Inquiétude contemporaine : on ne sait où clore la liste, et s'il le faut.

Il y a toujours eu une altérité de la technologie, miroir du biologique. Mais pourquoi ces autres que sont les machines ne sont toujours pas considérées comme « autrui » ? Il y a plus que jamais une technologie de l’altérité, puisqu’autrui se présente technologiquement. Mais où est autrui s’il est interrogé depuis son dévoilement technique ?

Ce séminaire, fidèle à son exigence transdisciplinaire, voudrait interroger ce que les technologies font aujourd'hui à l'altérité, mais aussi dans quelle mesure l'altérité aura toujours été inscrite au cœur de la problématique de la technique.

Technological otherness.

The new technologies modify our relation to otherness: new information and communication technologies (in particular the new social networks), new technological devices for access to the presence of others (virtual environments; perception at a distance, in particular tactile), technologies for the investigation of the human body (notably genetic cartography or brain imaging).

However, at the same time that technical mediations seem to be affecting our relations to others, it may be that they also make it possible to disclose the conditions of possibility of such relations, and to better understand their nature.

Technologies modify others, and even produce them. Thus, if the face is par excellence the way in which the other is presented, we may reflect on the fact that we can now intervene technically in a radical fashion on this presentation, in particular thanks to the grafting of faces. We may also note that the “Cyborg” is the contemporary emblem for all the mixes of the organic and machines which people our world, which blur the frontier between the living and the non-living as well as the frontier between the human and the non-human. In general, more and more, the question of otherness is no longer posed only in terms of intensity (“the other” being distinct from all other orders of reality and being irreducible to any of them), but now also in terms of diversity :  which beings count as “other”? Other human beings (but where does “the human begin” and where “does it end”)? Animals? The “Cyborg”? Drones and other machines which are in a certain sense « autonomous » ? This is a contemporary disquiet: we do not know where to stop the list, and if we should.

There has always been an otherness of technology, a mirror of biological otherness. By why are these “others” that are machines not always considered as “others”? There is more than ever a technology of otherness, since now the other presents him/herself technologically. But where is the other, if he is interrogated on the basis of his technical appearance?

This seminar, faithful to its traditional transdisciplinarity, seeks to question what technologies make today of otherness, but also to what extent otherness has always been inscribed at the heart of the question of technology.

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